09 avril 2009

A nos vingt ans (Noam and I)

Tu,

Dans la cuisine enluminée

Gigotes comme un insecte.

 

Tu

Sais à peine rester éveillé

Et gazouille comme tout bébé.

 

Je

Te regarde

Et je ne suis plus jeune, déjà

Je me vois

Tata conseil tata plus vieille

 

Et mes 20ans où seront-ils quand tu auras

croqué le temps?

Et mes 20ans où seront-ils quand tu

Marcheras seul comme un grand?

 

Je

T'admire pour ta jeunesse

Et pour ta vie

encore dans son papier cadeau.

 

Tu

me fixes soudainement

Et souris.


Elle est drôle, celle-ci,

Elle est drôle, vraiment.

 

 

 

A nos vingt ans.

06 avril 2009

Le village

-Pourquoi le clocher pleure

Pourquoi le clocher pleure

dites le moi

Vous l'innocente en robe blanche

Vous religieuse et toute croyante.

 

-Le clocher sonne le glas

Le glas qui glace nos gites

Et agite nos gueux.

Le clocher sonne le glas

Et la fin d'un malheureux.

 

Bientôt le village défilera

Sous nos fenêtres ma fille et racontera

Q'un tel est mort

Qu'un tel pleura

Qu'un tel souffrît

De n'y être pas.

 

Bientôt le village s'épuisera

En récits héroiques

En chants renégats

En larmes d'eau

En "ô que c'est tragique!"

 

Le clocher sonne le glas ma fille

Le clocher sonne le glas

La fin d'un bon monsieur ma fille

Que personne n'aima.

 

-Que c'est triste ma mère

Et moi qui ne le connaissais pas!

Je voudrais bien faire une prière

Pour l'homme glacé de ce son

Sonné par le glas..

01 avril 2009

L'inconnu

Il se pame, il se pame,

Drague dans les rues de Paname

L'amoureux joli coeur

L'inconnu, le chapeau à la fleur.

 

Il se traine, il se traine

Au milieu des visages

Au milieu des souris musaraignes

Des petites minettes sages.

 

L'inconnu

Ô le bel individu

Et sa prose et son style

Et ses douces idylles.

 

Il s'invente, il s'invente

Des histoires de Don Juan du dimanche

Des haras des sanglots des amantes,

Femmes félines toutes perlées sur les hanches.

 

Il chantonne il chantonne

Place du Tertre place Pigalle

Pas d'hiver près des Halles

Il s'étonne.

 

L'inconnu

Ô le bel individu

Et son collier de vies et ses manies

Et ses poèmes et ses joues blêmes

 

Et sa vie, blablabla

Sa famille et son chat.

Et sa mie, une Lisa

Une Marie une Clara

Une femme entre Nantes et Paris

Qu'il croisera.

 

L'inconnu

Ô le bel ingénu

Tout peint de bleu de rouge de vert

De poésie et de chimères.

 

Ô le bel individu.

25 mars 2009

Je crois que trop de monde s'en va.

Ombre

Dans un coin de la nuit

Je crois que quelqu'un m'a parlé

Derrière le rideau de taffetas de mon sommeil

de bois.

 

Tendre la main

Froide et pâle

Embrasser les fronts bénis de trépassés

Caresser les cheveux d'une défunte

Fiancée.

 

Se retourner

Malgré le poids, malgré la marée

Menaçante,

Se retourner

Et pouvoir encore vous embrasser.

 

Dans un coin de nuit

Ou de placard ou je ne sais quoi

Dans un coin de nos vies

Vous à tout jamais

Coeurs en vie devenus souvenirs

Amours en chair emportées sans prévenir.

 

Je crois que trop de monde s'en va.

21 mars 2009

La parenthèse

Les volets poussiéreux de la maison de campagne se sont ouverts sur un soleil de plomb.

Dehors les grillons se concertaient pour savoir quel son il nous joueraient. Nous avons tout retrouvé dans le salon ombragé:

Les vieux draps, le berceau, les couverts en métal, le vase et la table en formica.

Nous nous sommes allongés sur l'herbe dans la petite cour de derrière. Oui d'ici tout semblait plus brillant plus clair et plus saillant.

Jus d'orange, pain frais, paté. Le bonheur je crois, passait dans notre estomac...


Et tout me revenait:

Les jeux les pieds de nez les batailles que l'on se menaient. Les parents épuisés affalés sur les chaises de la terrasse.

Les mille mondes que nous avions découverts dans le jardin: car nous étions des pionniers, ça oui, des vrais.

Le ruisseau les crapauds les cris de Maddie quand une abeille passait. Les rires emmélés dans les branches du vieux peuplier.


Les volets poussiéreux de la maison de campagne se sont ouverts sur un ciel sans ennui

Sans nuage, sans souci.

Un infini rempli d'avenir, de promesses et de sourires.


Je respirai, mieux que jamais.

Je respirai,

Vivante à en pleurer.