12 mai 2009

Le départ

Je partirai

Puisque c'était écrit depuis toujours.

Chercher, même si cela ne fait pas sens,

Un reflet, une lumière, une essence.

 

Tu ne te retourneras pas

Tu ne soupireras même pas.

Au mieux, certains soirs tu te souviendras

De mon souffle de jeune idiote sur ton épaule,

De mes envies géantes de jeunesse et d'inconstance.

 

Il n'y aura pas de sacrifice

Où, en belle Iphigénie,

Je serais livrée à l'autel

Pour embellir ta vie.

 

Il y aura cette tragédie,

Dans nos rides, incrustée et polie

Ces larmes, ces silences, ces cris

Cette décision:

Je pars, tant pis.

 

Tu ne te retourneras pas

Comme tu ne t'ai jamais retourné

Avant moi.

Au mieux, tu fouilleras enfin dans mes carnets

Pour lire les raisons qui m'ont délogée.

 

Tu écriras peut être un jour

Sur la folle qui est partie malgré l'amour

Qui a cédé, qui a mordu

A pleines dents la vie sangsue.

 

Ca me colle à la peau

Cette envie d'errance

D'erreur

Et de nouveaux drapeaux.

08 mai 2009

Colère

Colère

Intérieure et plénière

Souveraine et entière.

 

Envie de tout balancer dénoncer détester renvoyer

Persuadée de s'être absolument trompée.

 

Je parle de ces colères

Contre tout un monde, des ministres lapidaires

Contre la nuit, contre l'oubli

Contre la mort et ses mystères.

Contre le passé qui a dégagé comme un voleur

Contre ceux que l'on panse et qui nous pensent menteur

Contre les couteaux dans le dos et puis toutes nos erreurs

Notre humanité maladive en manque de pudeur.

 

Colère

Saine et solitaire

Celle du soir qui s'en va en dormant

Celle de voir le monde clopinant.

07 mai 2009

Une belle journée

A dix heures quand elle sort la ville est levée depuis longtemps.

Les rayons oeuf du soleil grignotent avec langueur les premiers marches des escaliers. Elle entre dans l'onde lumineuse comme dans un bain bouillant.

C'est bon. Elle ne peut plus se presser, quelque chose l'en empêche. Est-ce la couleur rose-passion des arbres abaissant leurs branches sur son passage, est-ce l'ombre miroitante de l'eau de fontaine sur le pavé, est-ce le cri lointain et berçant des enfants en pleine recré?

Les rues sont agitées et sursautent de fraicheur.

Terrasses, musique, fours secrets qui accouchent de baguettes craquelées comme des volcans,

De l'eau, la terre, de l'air et du vent,

Léger, timide, distant, le vent.

Sa jupe caresse ses genoux solides et francs. De loin certains passants croient voir danser sur ce tissu les discrètes fleurs brodées il y a longtemps.

Un, puis deux moineaux la suivent dans un ballet charmant. Ils piaillent, ils chantent,

ils lui rappellent le bonheur d'être vivante.

Un chat se prélasse sur un capot brulant, une tondeuse grommelle et se parfume de l'odeur de pelouse fraîchement tondue. Les potagers s'éveillent, les fruits abondent, et plus aucune feuille du vieux Chêne ne tombe.

L' Arbre même, celui qu'elle aime, est sorti de son ombre.                                                         ;-)

Et puis elle se dit que sans doute, il ne faut rien de plus que tout cela,

Cette célébration, ce miracle d'une banalité impudique:

Oui c'est sûr, c'est une belle journée...

 

03 mai 2009

Mutine

Voilà du temps

Pour t'écrire quelques mots.

 

Mais je ne sais plus...

Ton corps, tes courbes, tes maux...

 

Que devrais-je dire

Sur ton ombre impeccable

Sur le sol

Quand nous marchions?

 

Que pourrais-je écrire

Sur tes humeurs, ta voix mistral

Tes yeux citrons?

 

Sur ta jeunesse

Qui s'est barrée

Comme toutes les autres,

Qui t'a ridée.

 

Si ce n'est

Peut-être

Que la vieillesse te va si bien

Que tu es belle

Si belle

Dans le silence

Qui t'entretient.

 

T'es mutine

Comme y a cent ans

T'es dangereuse

Tu es féline

Comme les serpents.

 

Comme une enfant.

 

 

Papier

Papier chiffonné, que Clara ramassera à 9heures, quand elle passera pour nettoyer.

Papier sur lequel sont griffonnés quelques mots polis et tristes, à l'écriture fine et bleue.

Papier peint jauni où les fleurs cotoient les papillons dans la quiétude la plus plate. Fleurs grises, ça n'existe pas, fleurs grises, sans éclat.

Papier peint sans secret, sans trésor, sans souvenir, papier peint dépeint.

 

Papier journal. Toujours les mêmes vieilles nouvelles. Les camarades en page 7, qui sont partis, la météo et son temps gris, les mots croisés qui ne se croisent plus. La même mélodie du train-train quotidien. Les mêmes vauriens.

 

Papiers d'identité, dans le petit tiroir de l'armoire en pin. Celle où les enfants sont affichés fièrement. Celle devant laquelle on rêve en soupirant. Dessins des petits-enfants je t'aime mamy (et je ne te verrai jamais grand)

Mariages, enfants, bonheur blessant. Cartes du monde entier, d'endroits où l'on n'est jamais allé. D'endroits fleuris et sucrés qu'on ne verra jamais. Dragées.

 

Papier photo, dans la main, toujours dans la main. Ou dans la veste, contre le coeur. Portaits, visages, diaporamas d'une vie entière. Des années de doute et de rire, des années d'amour et de crise.

Le meilleur comme le pire

 

Papier brulé dans la cheminée. Des vieux trucs des soucis signés datés lus et approuvés. Des mauvaises nouvelles toutes parfaitement émargées. Brulées comme un vieil arbre assommé par l'été.

Papier à lettre pour s'écrire que tout va bien. Pour se raconter comme le beau temps est loin. Comme ma chambre est triste et ma vie sans lendemain. Leur décrire mes journées assises dans le jardin, à écrire ma vie en creusant vraiment loin.

L'école, le lycée, un mariage tressé d'amour à l'origine de leurs vies polissées. Les cris, la souffrance, les accouchements et surtout l'ignorance. La vieillesse qui vous ravit sans vous ravir. Et puis la retraite sans avoir son mot à dire.

 

Papier parchemin,

papier chagrin,

Où l'on fait ses adieux sans mentir.