06 juin 2009

L'Amour aussi

Nos beaux jours ont goût de fraise

De menthe à l'eau de feu en braise

De soleil d'oeuf.


Ta voix n'a pas fléchi, pas menti pas vieilli

A toujours ri.

Tes yeux non plus ne mentent pas

Ne s'attardent pas

Ont ta jeunesse ont ton éclat.


Ta grande faiblesse

Au bout de mes doigts.


La route est longue pour le bonheur aussi

Il s'essoufle plus vite que l'éphémère pluie

Il nous a pourtant suivi

Comme un prisonnier

Comme-je dirais-un abruti.


Car personne ne courut aussi vite que nous mon amour

Que notre folie que nos jaillissements tambours

Que nos vingt ans que nos beaux jours.


On a pris des trains des motos des patins

Des photos un été sur les bords du Rhin

On a pris de l'âge nos valises nos destins

On a tout dérangé bouffé la vie dans un festin.


On a allumé toutes les chandelles tous les feux

d'artifice

On a glissé sur la mer comme des barques éléctriques

On a inventé l'amour dans une rue de Jaipur

On a mélé à Cordoue  nos coeurs troubadours.


Et tu es belle et ta bouche a quinze ans

Depuis que je l'ai dessinée sous un drap à Dinan

Et tu fleuris comme une rose éternelle

Dont les pétales feront s'évanouir le ciel.

Tu oublies

Tu oublies

Les lumières de Picadilly Circus

Les concombres à la crème

Les lacs bleus de l'Irlande.


Tu oublies

Les costumes

Les rires

La réussite

Et le désir.


Tout s'envole

Au vent

tout s'apprend

Et s'oublie en deux temps.


Tu oublies

Les roses blanches

Les robes volantes

Les dessins

Les chansons

Les copains


Tu oublies

Le ciel vu de l'avion

La vie vue en pastel

Les vives flammes sensuelles.


Tout s'envole

Au vent

tout s'apprend

Et s'oublie en deux temps.


Tu oublies

La plage tiédie

La passiflore

Nos quatre yeux

Nos quatre mains

Nos dix mille âmes.


Tu oublies

Les mercredis

Et les dortoirs

Les chants bénis

Les encensoirs.


La vieille école

Le terrain de jeu

Les profiterolles

Les jours pluvieux

Les deux voisines

Le petit chat

Et ta cousine

Et tes émois


Et ta guitare

La vieille armoire

La fête des mères

Les belles histoires.



Tout s'envole

Au vent

tout s'apprend

Et s'oublie en deux temps


Et s'oublie en

deux

temps.

26 mai 2009

La perdante

Aporie

Poisseuse ruelle dénuée d'embellies

Hypothèque sur les murs de ma vie.

 

Aporie

Et le goût de l'échec sur toutes les papilles

Et la peur de l'inerte quand on perd ses béquilles

 

Aporie

Demain ne vaut rien je me mens pourtant

Demain ne ressemble pas à mes rêves d'enfants

 

J'ai laissé passer des mailles j'ai échoué j'ai perdu mes médailles

Je me suis perdue entre l'inconscience et l'assurance

Persuadée que la jeunesse comblerait bien l'absence

De talent, de passion et de travail.

 

Aporie

Auncun uniforme ne me va

Aucun avenir ne me sied.

 

Aporie

Je ne veux rien je ne veux rien

Ni oublier ni le prendre bien

Ni croire encore ni détester

Je ne veux rien je ne veux rien

J'ai tout laissé

 

J'ai tout vendu

J'ai tout perdu

Sans rien miser.

20 mai 2009

La vérité sur moi

Emphase

Dans chaque mot, dans chaque phrase.

 

Sourires

Francs et généreux

Jusque dans le coin des yeux.

 

Embrassades

Promesses d'amour simples et fades

Promesses d'avenir un peu instables.

 

Joie

Aussi bien fausse que pleine

Aussi bien paix que haine.

 

Beau temps

Couleurs

Projets

Clameur

 

Oui mais à l'intérieur.

A l'intérieur néant

Peur du vide et peur du vent

Chantier d'envies et de douleurs

Terre d'apathie et de candeur.

 

A l'intérieur

Les regrets

La tristesse

La faim

Les doutes

Les morts

 

Les morts...

 

A l'intérieur

Des larmes saisies de torpeur

De la glace, de la colère sans valeur.

 


De l'insignifiance d'Etre

De l'absurdité de Croire

De l'idiotie de l'Espoir

Et des majuscules-encensoir.

 

 

L'emphase

Mais surtout l'ombre

Dans chaque mot, dans chaque phrase.

 

12 mai 2009

Nous n'irons pas plus loin -X-

La mer avale l'air

Dans un va-et-vient lapidaire.

 

 

 

-Tu vois, la mer. Ca c'est beau. Ca vaut le coup, tu vois.

-Ca ne vaut rien. Comme le reste, comme le passé, comme toutes les autres côtes des pays où tu m'as trainée.

-C'est faux.

-La mer est aussi triste que le reste.

-C'est faux.

-Elle reflète simplement les ordures du monde.

-C'est faux.

-Et ne protège que les adeptes du "c'est faux".

-...

-T'y peux rien tu sais. T'as voulu me décrocher le coeur, tu as raison. Ca n'a juste pas marché.

Mais tu es le seul à avoir essayé, c'est beau ça tu vois. T'ignorais juste que moi je n'aime rien.

Je t'aimerai pas non plus, probablement. Tu vois, je suis là devant la mer et je me fais chier.

-Tous les poètes aiment la mer et...

-Tous les poètes sont aveuglés.

La mer aggrippe les pieds des enfants qui se sont trop éloignés. La mer arrache la vie, la mer est violente, la mer est piquante autant qu'elle est salée.

Dangereuse, lugubre, vulgaire et grimée.

La mer nous a tous berné. C'est sûr. Aussi sûr que la Mère finit toujours par s'en aller.

 

-Tu as mal.

-Oui. toi aussi.

-...Oui.

 

-Allez, viens.

 

Ils repartent, tournant le dos aux vagues agitées.

Où l'emmène-t-il?

 

-Où m'emmènes-tu?

 

 

-Ailleurs, tu vois bien. Ailleurs.