29 janvier 2009
Ce qui nous remplit d'Etre
Ma prof a vu juste quand elle nous a demandé "pourquoi certaines oeuvres vous font vous relever en pleine nuit juste pour relire quelques unes de leur lignes??"
C'est tout à fait comme cela que j'envisage mon rapport aux mots. Les plus précieux sont ceux qui finissent par nous appartenir, du moins nous le pensons, nous l'espérons. Ces mots précis, de Ronsard, D'Aubigné, ces morceaux de strophe qui restent coincés entre nos vies et qui reviennent comme de vieux parfums et nous rappellent précisément qui nous sommes.
Ils sont je crois notre identité, notre couleur. Ce qui nous remplit d'être. Qui efface tout le reste et ne laisse que le Beau, le profond, le sensuel et sensationnel.
Ces mots qui nous renvoient toujours inévitablement à la seconde précieuse où nous les avons lus, et tout le monde se souvient de la période de sa vie où il a lu ses vers préférés. Ces mots-là sont donc d'une préciosité rare, indélébile, immuable. Scripta manent...
Bref.
Cette même prof, aussi jeune que fascinante, nous a demandé de choisir 5poêmes et d'expliquer pourquoi. C'est bien la première fois qu'on nous demande ça. Dommage, je trouve que c'est l'essentiel. Comme ce serait intéressant d'écouter les autres parler des poêmes qui les construisent un petit peu!
Comme j'aimerais faire lire ceux de mon puzzle identitaire...
C'est pour ça que je les publie ici. Parce que mon blog a bien besoin d'un peu de vraie poésie, parce que ces mots sont comme un cadeau, et parce que de toutes façons mes mots à moi sont en plastique, voici:
Yves Bonnefoy, La maison Natale in Les planches courbes (IV)
Il faisait nuit encore. De l'eau glissait
Silencieusement sur le sol noir,
Et je savais que je n'aurais pour tâche
Que de me souvenir, et je riais,
Je me penchais, je prenais la boue
Une brassée de branches et de feuilles,
J'en soulevais la masse, qui ruisselait
Dans mes bras resserrés contre mon coeur.
Que faire de ce bois où tant d'absence
Montait pourtant le bruit de la couleur,
Peu importe, j'allais en hâte, à la recherche
D'au moins quelque hangar, sous cette charge
De branches qui avaient de toute part
Des angles, des élancements, des pointes, des cris.
Et des voix, qui jetaient des ombres sur la route,
Ou m'appelaient, et je me retournais,
Le coeur précipité, sur la route vide.
Victor Hugo, Pauline Roland in Les Châtiments:
Elle ne connaissait ni l'orgueil ni la haine ;
Elle aimait ; elle était pauvre, simple et sereine ;
Souvent le pain qui manque abrégeait son repas.
Elle avait trois enfants, ce qui n'empêchait pas
Qu'elle ne se sentit mère de ceux qui souffrent.
Les noirs événements qui dans la nuit s'engouffrent,
Les flux et les reflux, les abîmes béants,
Les nains, sapant sans bruit l'ouvrage des géants,
Et tous nos malfaiteurs inconnus ou célèbres,
Ne l'épouvantaient point ; derrière ces ténèbres,
Elle apercevait Dieu construisant l'avenir.
Elle sentait sa foi sans cesse rajeunir ;
De la liberté sainte elle attisait les flammes,
Elle s'inquiétait des enfants et des femmes,
Elle disait, tendant la main aux travailleurs :
La vie est dure ici, mais sera bonne ailleurs.
Avançons ! - Elle allait, portant de l'un à l'autre
L'espérance ; c'était une espèce d'apôtre
Que Dieu, sur cette terre où nous gémissons tous,
Avait fait mère et femme, afin qu'il fût plus doux.
L'esprit le plus farouche aimait sa voix sincère.
Tendre, elle visitait, sous leur toit de misère,
Tous ceux que la famine ou la douleur abat,
Les malades pensifs, gisant sur leur grabat,
La mansarde où languit l'indigence morose ;
Quand, par hasard moins pauvre, elle avait quelque chose,
Elle le partageait à tous comme une sœur ;
Quand elle n'avait rien, elle donnait son cœur.
Calme et grande, elle aimait comme le soleil brille.
Le genre humain pour elle était une famille.
Comme ses trois enfants étaient l'humanité.
Elle criait : progrès ! amour ! fraternité !
Elle ouvrait aux souffrants des horizons sublimes.
Quand Pauline Roland eut commis tous ces crimes,
Le sauveur de l'église et de l'ordre la prit
Et la mit en prison.
Et comme c'est long je m'arrête là...
00:14 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
26 janvier 2009
Chut
Chut
Le soir s'endort comme un pétale
Le soir s'endort ce soir encore
Silencieux et pâle.
Chut
La nuit nous envahit
Douce et belle comme une femme
Joues un peu rosies un peu profanes.
J'achète un silence d'or pour m'en faire des draps
Et m'y rouler comme tous ces chats
Et m'y lover, m'y retrouver,
M'y construire un endroit
à moi.
Chut.
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22 janvier 2009
2O ans de moins ne changerait rien
Perdrai-je bientôt
cette lutte contre la lune
cet appel à moins d'ennui
à moins de nuit?
Souffrirai-je bientôt
De la marque que les Absents
Encore rouge de leurs tourments
Nous gravent sur la peau?
Ecrirai-je une fois encore
Que c'est l'espoir qui m'a sauvée
Moi qui ne vois plus que la mort
Quand mes paupières sont fermées?
Apprendrai-je avec le temps
A moins souffrir du Non-Amour
Que tous ces autres trainent, ignorant
Que leur mépris me joue des tours?
Faudra-t-il avoir Cent ans
Pour penser moins et vivre plus
Prendre en témoin ceux qu'on accuse
Leur pardonner les fuites du temps?
00:58 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 janvier 2009
Peut-être rien
Je ne serai pas sur la route
Quand tu te retourneras.
Je ne reviendrai pas non plus
Sur l'histoire de notre
trépas.
Effluve
Sur l'asphalte
Notes de piano sur le blanc et le noir des chemins sans roseau
Sans lumière,
sans panneau.
Et puis la nuit tout simplement
Nous avale tout cru
Je disparais, tu vois, dans l'horizon sans éclat
Je veux être néant pour ne pas être à toi
Je veux être poussière pour ne plus vivre
en rabat;
Je ne serai déjà plus là,
Quand tremblant finalement tu me chercheras
Sans aucun souvenir de ma peau, de mes yeux, de ma voix
Sans aucun repère en plein milieu du bois
Au mieux, hululement
Au mieux, cri du dedans
Mais aucune trace de moi.
Plaisir d'être air
Sentir frémir le violon d'hier
Et n'en garder que le beau
N'en
garder
que
le beau.
16:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
carcan de minuit (nerval avale moi)
Carcan
Je l'ai écrit partout je crois
Sans fléchir, sans le saisir.
Carcan par ci carcan par là.
Fureur au dehors de moi, dans les herbes hautes de ma maison de bois, c'est le vent qui s'agrippe à la terre et la jette sur ma fenêtre. En boue la terre contre ma rêverie de plein air.
On dirait des cris d'où je les vois, et je suis fatiguée d'avoir peur de tout autre que moi alors je ris plus fort que le vacarme qui finalement
je n'en sais rien
sort tout juste de moi.
Ta colère me dit-il, ta colère jette là
Fais-en des bandeaux des bannières des slogans, je ne sais pas;
ma colère profonde dans ce vent de nuit, ce mistral édenté éhonté de s'épencher
Carcan, ai-je écrit, plus d'une fois, sans que cela ne veuille rien dire.
Carcan de minuit, titre débile pour un texte-soupir
Dehors il ne fait pas moins froid.
01:42 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
