27 août 2009

Quand j'étais vieille

Madame Z. est jolie comme un coeur

Avec ses cheveux blancs coiffés en arrière

Comme une lady d'avant.

 

Madame Z. ne dit plus grand chose, ou bien plus personne ne l'écoute:

elle parle allemand. Pas allemand, mais un mélange d'alsacien et de flamand, dit Monsieur D. en souriant à la fille de jour. Elle, elle s'en fout, ça ne lui dit pas si Madame Z. a encore soif.

 

Madame Z. a perdu la tête trois fois déjà et l'a retrouvée posée juste à côté d'elle. Toujours revenue de ses voyages délirants. Toujours là, le regard stable, la mine radieuse, ses cheveux blancs vraiment resplendissants.

Qui lui a fabriqué ce petit éventail en papier qu'elle agite dans la salle à manger?

Du papier rose tout froissé, qu'elle secoue comme une princesse égarée.

 

Elle me regarde et sourit.

Madame Z. qui toujours me dit merci

danke truc, ich bin machin, j'en sais trop rien.

 

En face d'elle, madame G. essaie de terminer de boire son verre de larmes.

Madame G. c'est bien connu ne fait que pleurer. Son mari, son fils, sa mère, son père, ses 6frères...elle a tout perdu. Il lui reste une belle soeur qui vient tous les deux mois lui faire une coupe aussi moche qu'elle l'indiffère. Il lui reste une belle soeur et une photo de sa maman. Et inlassablement, quand on va dans sa chambre, elle nous demande si elle lui ressemble.

On dit que oui, et elle sourit, et elle dit que sa maman est bien plus belle.

Une fois, deux fois, mille fois, Madame G. nous rencontre toujours pour la première fois.

 

A côté d'elle, Madame D. essaie de lui choper son verre de larmes. Madame D. chope tout ce qu'elle peut avec ses mains en pince de crabe. Elle begaie, elle hésite, elle se cache entre ses mains.

Et parfois elle nous regarde et nous aime. On l'enlace, elle est douce.

Comme madame Jolie, qui n'entend rien, mais qui nous serre toujours très fort la main. Elle nous empoigne, nous souhaite bon courage, ça met trois heures, mais c'est un festival de chaleur.

Et bonne journée. Et bon courage. Et à bientôt, Madame.

Et elles s'en retournent, à la conquête d'une main, à la conquête d'une

bonne âme.

 

Commentaires

Mais y'a que des madames...Y'a pas de vieux Pierrot qui pour un verre de Pernot te mettrait toute entière dans l'eau... Y'a pas non plus Albert qui sent le camembert parcequ'il est collé sur son derrière...
bisous & amuse-toi bien

Ecrit par : jerome-b | 28 août 2009

c'est marrant ce que tu dis là J-B (prononcer djibi)!!on a vraiment un vieux pierrot fan de pinard! c'est fou ça, comment tu sais d'abord???^^ merci de ta visite poto!

Ecrit par : nini | 28 août 2009

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