27 août 2008
Mme G***
Elle a ri
Une dernière fois
D'une blague matinale sans intérêt.
Puis il n'y eu plus
Qu'une chambre vide
froide et livide
Que des bouquets
et son nom gommé
sur les chariots et les papiers.
Et ce poême, sur sa porte, quand on sortait
Et dont on lisait au passage quelques mots
A la volée
Toujours un peu plus
pour finalement sangloter
devant des vers si simple et vrais:
Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire,
Tout haut, non pas pour voir protester les amis,
Mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
Ce que la veille encore on se croyait permis.
Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour.
À chaque cheveu blanc se séparer d'un rêve
Et lui dire tout bas un adieu sans retour.
Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeûnes,
Et nourrir son esprit d'un solide savoir ;
Devenir bon, devenir doux, aimer les jeunes
Comme on aima les fleurs, comme on aima l'espoir.
Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
Tandis qu'ils vogueront sur les flots hasardeux,
Craindre d'être importun, sans devenir sauvage,
Se laisser ignorer tout en restant près d'eux.
Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
Prier et faire un peu de bien autour de soi,
Sans négliger son corps, parer surtout son âme,
Chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique foi,
Puis un jour s'en aller, sans trop causer d'alarmes,
Discrètement mourir, un peu comme on s'endort,
Pour que les tout petits ne versent pas de larmes
Et qu'ils ne sachent pas ce que c'est que la mort.
Auteur:François FABIÉ , savoir vieillir
23:08 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23 août 2008
d'unité
Cheveux raides
Tombant sur la nuque
En un bouquet tendu
De roses et de brindilles.
De dos
Face à l'immensité
De la solide éphémérité
Du monde.
De dos
Contre les autres
Ceux qui nous bercent
Ceux qui nous percent.
Contre nos petites certitudes
Nos petites fois, nos petites vérités
Nos poignées de main
Nos témérités.
De dos
Face au silence criant
de sérénité
de consistence
de couleur
de solennité.
A écouter
La musique qui vient d'ailleurs
Celle du souffle mélé au coeur.
Cheveux raides
Soulevés doucement
par un vent d'été.
Seul face à ce qui est
Contre ce qui pourrait
Ce qui devrait
Ce qui n'est pas.
C'est un instant de vérité. De silence, de repos, d'alliance, de guerre, de transe.
D'unité.
01:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 août 2008
Byzance
Arc de cerle cramoisi
Sur la nappe en papier.
Vestiges du festin
Que ma main caresse sans entrain.
Byzance encore ce soir,
c'était byzance.
Le pain, le vin, nos mains
Nos caresses de gamins
Nos chants vieillots
Nos banalités convenues.
Byzance.
Nos effleurements
Ta cambrure
L'ambre
de nos allures.
Nos ombres
Contre le mur
Allongées
grandissantes
Malgré l'âge mûr.
La viande à foison
les verres qui glinglinguent
contre les assiettes de Chine.
Nos couverts
Nos découvertes
Nos aventures
Nos mille vies alertes.
Le souvenir
A la place du pauvre
Ecoutant calmement
Ce que nos vieilles langues avouaient timidement
Reprenant cruellement
De chaque plat deux fois
Tentant de reprendre
Nos opulences d'autrefois.
Les violons
L'accordéon
Les froufrous volants
Voltigeant sans gêne sur
nos coeurs en émoi.
Nos politesses
Toutes nos richesses
C'était Byzance
Une dernière fois.
23:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Note
Si tu viens à naître comme nous l'esperons tous ici,
il faudra que tu puisses lire les conseils de ceux qui ne furent pas assez sages.
Il faudra que tu démèles, à peine le premier souffle posé sur le monde, le spleen et l'idéal
Il faudra que tu retiennes ce que la vie ne veut pas que tu saches
Que tu puisses admirer tes incapacités
Et te contenter le plus souvent de ta médiocrité.
Il faudra bien que tu soupires
Mais il faudra aussi en revenir
Il faudra porter le fardeau quotidien
Pour moins pleurer et ne pas avoir faim.
Il faudra te battre même si tu aspires à la paix
Car même la paix se conquiert.
Il faudra fermer les yeux sur certaines vérités
Qui feraient chanceler le monde entier.
Il faudra apprendre à mentir pour ne pas trop mentir
Et à se taire pour ne rien regretter.
Il faudra battre ton propre tempo
Creer ta propre musique
Naviguer sur toutes les eaux
Les meilleures et surtout les pires.
Il faudra descendre aux enfers
Voir ce qui attend ceux qui paraissent
Ceux qui crient, ceux qui meurent
Ceux qui dénigrent les abus du coeur.
Il faudra élever des nations comme on cultive un jardin
Et planter les graines de raison là où il n'y a rien
Il faudra rire, en vers et contre tous
Il faudra rire pour que l'espoir, enfin, pousse.
Il faudra monter les montagnes de l'indifférence
Et planter ton drapeau sur les cranes de l'Ignorance
Il faudra marquer la terre de tes mains
Et croiser les doigts pour atteindre demain.
Il faudra être lucide et aveugle
Téméraire et peureux
Juste et injuste
Divin et terreux.
Il faudra écrire encore les aphtes de l'histoire
Pour enseigner aux prochains les erreurs les plus noires
Les humeurs les plus visqueuses
Les humaineries les plus affreuses.
Il faudra être homme et rien de plus
Dieu et rien de moins.
Il faudra porter dans tes mains
La déception de tout un peuple
Le chagrin de tout humain.
Il faudra puiser l'eau dans les glandes lacrymales
Et boire à la tasse l'eau de ceux qui ont mal
Il faudra faire l'économie des cris et des naissances
Pour que le monde que l'on quitte aujourd'hui
Puisse quitter son errance.
Il faudra mourir
Comme il faudra naitre
Et savoir gérer sans pâlir
Les aléas de l'Etre.
Etre le changement
Que le monde attend
Ou bien faire semblant.
Tu essaieras
Car nous mourons,
en t'attendant.
23:16 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10 août 2008
Q****c
Ta nuit
Souvent vue d'en face, dans les reflets de l'eau
Tes couleurs de jeune fille qui aime la vie pour la toute première fois.
Ta sagesse, ton odeur, ta paresse lors des jours de froideur.
Les hivers glacés où tu te transforme en immense patinoire,
Où les enfants rient du matin jusqu'au soir.
Tes fontaines, tes cours d'eau, tes silos,
Ta fumée blanche messagère d'hier
Ton air haut perché
Tes jardins boisés
Les plaines du père de nos pères
Ta façon d'être mère.
Ton anniversaire,
La robe que tu mets pour le célébrer
Tes chansons, tes discours, tes confrères
Tes poêtes, tes danseurs, tes
Amours.
Ta beauté.
Tes étés
Rouge, blanc, bleus,
Bleu blanc rouge
La couleur des nuages orageux
Tes feux d'artifice
Ta magnificience
Le charme de ceux qui grandissent
Au sein de ta vaillance
Tu es bien la ville
De ceux qui savent être
heureux
21:27 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Blanche
Seule
Dans l'immensité des jours étroits
Et dans l'attente exaspérée
D'un autre été, d'un autre mois.
21:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07 août 2008
Jardin des Hespérides
Des champs, des champs, des fleurs,de l'eau qui coule,doucement,doucement.
Du vent, du foin,l'onde.Du soleil,des arbres,du silence.Une robe verte à fleur,des cheveux coupés courts, un chapeau large, un brin d'herbe, une bouche.
Des coquelicots.
Un vieux chêne,une balancoire,de la corde éméchée,des mèches écordelées,un ruisseau,des cailloux,de la mousse. Des cageots de cerise renversés, des pots de confitures vidés, des boites cachées, des trésors enfouis, de la terre, du sable, du bois, de l'herbe.
Des fleurs des ronces des formes des eclipses des nuages des mirages des arcs-en-ciel des grandes ourses des petits pains du chocolat des petits pas du terreau des crayons des paquerettes des brins des bruns des oiseaux des chiens des chats des enfants des sourires des cris des errances des vies des envies des soucis des pleurs des chansons des embrassades des haines des histoires de la magie des grimoires des pommes du kiwi de la menthe à l'eau des sièges des bassins des poissons des chips des nappes des petits pois des bananes des hochements des épis des racines des fourmis des moustiques des grattements des effleurements de la mousseline de la soie des rondes des marelles des jeux adroits des mensonges des sommeils des baisers des rêves
Des rêves
Des rêves
Des
rêves.
Jardin des Hespérides
23:24 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
