03 mai 2009
Papier
Papier chiffonné, que Clara ramassera à 9heures, quand elle passera pour nettoyer.
Papier sur lequel sont griffonnés quelques mots polis et tristes, à l'écriture fine et bleue.
Papier peint jauni où les fleurs cotoient les papillons dans la quiétude la plus plate. Fleurs grises, ça n'existe pas, fleurs grises, sans éclat.
Papier peint sans secret, sans trésor, sans souvenir, papier peint dépeint.
Papier journal. Toujours les mêmes vieilles nouvelles. Les camarades en page 7, qui sont partis, la météo et son temps gris, les mots croisés qui ne se croisent plus. La même mélodie du train-train quotidien. Les mêmes vauriens.
Papiers d'identité, dans le petit tiroir de l'armoire en pin. Celle où les enfants sont affichés fièrement. Celle devant laquelle on rêve en soupirant. Dessins des petits-enfants je t'aime mamy (et je ne te verrai jamais grand)
Mariages, enfants, bonheur blessant. Cartes du monde entier, d'endroits où l'on n'est jamais allé. D'endroits fleuris et sucrés qu'on ne verra jamais. Dragées.
Papier photo, dans la main, toujours dans la main. Ou dans la veste, contre le coeur. Portaits, visages, diaporamas d'une vie entière. Des années de doute et de rire, des années d'amour et de crise.
Le meilleur comme le pire
Papier brulé dans la cheminée. Des vieux trucs des soucis signés datés lus et approuvés. Des mauvaises nouvelles toutes parfaitement émargées. Brulées comme un vieil arbre assommé par l'été.
Papier à lettre pour s'écrire que tout va bien. Pour se raconter comme le beau temps est loin. Comme ma chambre est triste et ma vie sans lendemain. Leur décrire mes journées assises dans le jardin, à écrire ma vie en creusant vraiment loin.
L'école, le lycée, un mariage tressé d'amour à l'origine de leurs vies polissées. Les cris, la souffrance, les accouchements et surtout l'ignorance. La vieillesse qui vous ravit sans vous ravir. Et puis la retraite sans avoir son mot à dire.
Papier parchemin,
papier chagrin,
Où l'on fait ses adieux sans mentir.
22:57 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
j'aime bien ce petit texte qui me raconte l'univers des vieux, un monde de papiers, c'est exactement cela
quand papy maternel est mort, j'ai juste hérité d'une boîte en carton avec toute sa vie en papiers dedans, des relevés de récoltes agricoles et des cartes du PC, des paradoxes et l'unité d'un homme
voilà, tes mots me font penser à ça, une belle pensée :)
@+ nini
Ecrit par : nat | 07 mai 2009
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