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03 mai 2008
NB:Penser à ne jamais se donner rendez-vous dans dix ans.
Le monde la fatiguait.
C'est ce qu'elle se disait, assise sur le canapé.
Y avait ptèt pas de place pour elle, en fin de compte,
Dans cette belle assemblée.
Va-et-vient des jours identiques
Elle regardait sa vie chaotique
Comme une sacrée mauvaise blague.
Devant le buffet, debout, faisant le beau:
Celui-qu'elle-avait-raté,
Le beau, l'élégant, le riche, l'intriguant
Prince qu'elle avait loupé.
Aujourd'hui le bel homme avait tout pour lui
Il ne l'avait pas, elle, et tant mieux
Car à quoi bon se pourrir la vie
Avec une fille aux cheveux graisseux.
Y en avait pas une qu'avait grossi
De toutes ses amies de lycée
Elles avaient toutes cet air poli
Et ce parfum de femme assurée.
Le monde la fatiguait.
Elle était venue ici en pensant y trouver
L'assurance que sa vie avait bien changé,
Que ceux qui l'humiliaient s'étaient repentis,
Et que ceux qui l'aimaient l'aimeraient encore aujourd'hui.
Elle avait voulu faire de ceci
Un instant bilan de vie
Et en faire sortir au marqueur noir
Sa Vengeance sur les jours noirs.
Mais voilà...
La justice n'existe pas!
Alors, ignorant les regards
-Les mêmes qu'il y a dix ans-
Elle était allée s'asseoir
Et regarder passer le temps.
Défilé de compliments, de tapes sur l'épaule, de rires forcés, de petits fours, de coiffures arrangées, de "tu n'as pas changé", de rictus froids, de chuchotements, de valses à trois, de raisonnements,de synopsis de vie, de "promis je t'écris"...
Contre cela, elle eut le réflexe le plus absurde, le plus stupide, le plus puéril...
Se souvenir, bon gré mal gré, des promesses d'un chanteur démodé.
Pire que démodé.
"On s'était dit rendez vous dans dix ans: Même jour, même heure, mêmes pommes."
(ça les avait tous fait rire, y a dix ans, de se le jurer).
Le monde la fatiguait.
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