27 mars 2008
Nous n'irons pas plus loin
-Tu y as cru j'crois.
-De quoi?
-A tout ça, cette connerie d'immensité, ce bouquet d'espoirs qu'on a acheté au marché. J'ai peur là, parce que j'crois que tu y as cru.
-...
-Fallait pas, jt'avais prévenu que fallait pas. Maintenant t'as vu on est au bout du chemin et ça va pas. T'aurais du te préparer à cette fin là.
-C'est que c'était pas écrit.
-Ca?
-Non, la fin, le glas, je veux dire, c'était pas écrit sur les espoirs qu'on a achetés. Ils m'ont rien dit moi. M'ont pas dit que c'était pas vrai ces conneries là.
-Tu veux dire... Tu les a arrosés?
-Ouais. Chaque jour que Dieu a fait.
-L'existe pas çui-là. Arrête.
-Je les ai arrosés les espoirs jusque là.
-T'aurais pas du, t'es con.
-Je savais pas.
-Maintenant t'as vu, tu chiales.
-Je savais pas
-Je voulais pas que tu chiales! Je voulais qu'on soit costauds! Je voulais qu'on se dise "t'as vu ces deux là, ces deux fumiers ils ont raison de pas chialer, t'as vu comme ils sont forts, à deux doigts de s'en aller?" Toi tu pleures, et moi je fais quoi? je peux pas être le seul balaise, ça marche pas, on avait dit, pourtant, on l'avait dit que ce serait la classe à la toute fin!!
-Je les aurais pas arrosés si...
-On aurait été dans les livres d'histoire mon vieux! On nous aurait filer des médailles dans le monde d'après, on aurait été un mythe, tu vois? Ca aurait été la gloire pour les tocards, la revanche des moins que rien! Et toi tu chiales pour de l'espoir fané! T'exagères vieux, tu ruines tout avec ta sensibilité de mec de roman.
-Ils m'ont dit "pas chers les espoirs pas chers pour 5euros je te file le reste sinon ils sont plus bons de toutes façons". Moi j'ai pas réfléchi je me suis dit ces espoirs là ça peut être bien d'en avoir chez soi, ça m'avait pas l'air compliqué de les faire grandir, sur l'affiche, suffisait d'arroser et puis voilà. Je savais pas moi que c'était de la connerie et qu'ils grandiraient pas, je croyais que ça nous sauverait, je croyais pas qu'on serait là deux jours plus tard à se les geler dans le noir en attendant de dégager; je savais pas, je croyais qu'avec tous les boutons qu'avaient poussé on serait quittes pour toujours, de cette daube là, de devoir partir , là, de voir la fin, toi tu m'engueules mais tu m'as pas dit que je m'étais fait rouler, tu m'as pas dit que fallait pas s'attacher à ses plantes là!
-de toutes façons te bile pas demain personne s'en souviendra. On aura tous dégagé de ce rafiot et y aura personne pour répéter que t'as chialé en croyant à ces histoires de gosse. Mais c'est juste dommage, tu vois...
-De quoi?
-Dommage de partir avec ce fardeau là, je veux dire, y croire, espérer qu'on partira pas, tu vois, ça plombe la fin.
12:51 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17 mars 2008
L'épine
Il y a toujours, où que l'on pose le pied
L'épine que l'on ne peut oublier.
L'épine maline qui pique et frotte
Et réveille les aigreurs anciennes
Et nous fêle l'esprit d'une douleur amère.
Le pas plus sûr finit toujours par se souvenir
Du copeau de sciure qui l'a fait frémir
Le pas plus sûr porte la marque de l'épine:
Satanique, endiablée,détestable coquine.
20:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 mars 2008
le miracle.
Elle n'arrête pas de gigoter. Il ne peut la peindre, si c'est comme ça. Elle le sait.
Elle s'oublie dans ce rôle d'increvable impossible à peindre. Vénus le temps d'un coup de pinceau, elle sourit de le voir si dérouté.
Il voudrait juste dessiner ce qu'il voit en vrai devant la fenêtre gorgée de soleil.
Ce miracle, cette oracle, cette jeune fille endrapée et riante, il voudrait le dire sur toile, histoire de s'en souvenir toute une vie.
Et elle, elle rit. Rien à faire contre cette insolence là.
Elle s'approche de lui et lui prend le bras. Tu peindras plus tard, vas, tu peindras tout ce que tu voudras!
Abrutie de bonheur elle l'entraîne dans la danse. Il ne dit rien, il est surpris. Elle est belle quand elle oublie. Il l'aime, peut-être.
Sans doute.
Il voudrait avoir l'aisance de ces poêtes qui disent tout comme il le faut, et ignore que cette race de poête n'existe pas.
Elle danse devant le champ de tournesols peint au mur. La musique vient d'ailleurs, plus loin, et les berce de douceur.
Il se rassoit, maladroit, sur le sofa rouge de ses aïeux. Il adore la voir évoluer dans l'atelier poussiéreux.
Elle est le vase de fleur au milieu de la torpeur, la bonne augure en pleine nuit, le sommeil qui prend entièrement l'insomniaque:
elle est le miracle.
Elle l'ignore et c'est mieux ainsi. Elle renverse un pot de peinture sur le tapis.
Elle est confuse, et elle s'excuse, les joues rougies.
Il adore ça, cette gêne de petite fille, les gestes lestes avec lesquels elle a mit à la renverse des kilos de pot d'ivresse.
Le tapis rouge est bleu, bleu maladresse, bleu confusion, bleu rêve.
Elle s'abaisse,
il s'abaisse,
elle sourit,
lui aussi.
21:38 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06 mars 2008
charabia
Un ange, une plume, une aile
A posé le doigt sur le bout de mes lèvres.
C'est une rumeur de l'au-délà
Un étalage de pourquoi pas.
Une vie, un soupir, un rêve
Mes jours heureux surligné en couleur sève
C'est aberrant de n'être pas
Fière de ce roman là.
Un cri, un rire, un geste
Comme une ôde à mes envies
C'est tout de même beau quand se soulève
La poitrine qui a trop rit.
13:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 mars 2008
Ella
Elle a des bottines rouges
Qui dessinent sur le sable
L'empreinte éphèmère, quand elle bouge,
De ses sauts adorables.
Elle a vos yeux et votre rire
Votre façon délicieuse de s'embellir
Elle a votre coeur pur sans dégât
Si jeune, si belle, déjà.
Elle invente un ciel violet
Où cohabitent nains et fées
Sorcières et démons,
monstres tous félons
Lacs de poudre d'escampette,
Petits hommes en salopette.
Elle a vos silences
Ebranleurs de certitude
Elle a l'ignorance
Des enfants sans inquiétude.
Elle fait des colliers de coquillage
Et les offre sans pâlir à Neptune
Pui s'endort sur une vague d'images
Sous le vent d'un soir sans Lune.
12:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
