« charabia | Page d'accueil | L'épine »

14 mars 2008

le miracle.

Elle n'arrête pas de gigoter. Il ne peut la peindre, si c'est comme ça. Elle le sait.

Elle s'oublie dans ce rôle d'increvable impossible à peindre. Vénus le temps d'un coup de pinceau, elle sourit de le voir si dérouté.

 

Il voudrait juste dessiner ce qu'il voit en vrai devant la fenêtre gorgée de soleil.

Ce miracle, cette oracle, cette jeune fille endrapée et riante, il voudrait le dire sur toile, histoire de s'en souvenir toute une vie.

 

Et elle, elle rit. Rien à faire contre cette insolence là.

 

Elle s'approche de lui et lui prend le bras.  Tu peindras plus tard, vas, tu peindras tout ce que tu voudras!

Abrutie de bonheur elle l'entraîne dans la danse. Il ne dit rien, il est surpris. Elle est belle quand elle oublie. Il l'aime, peut-être.

Sans doute.

Il voudrait avoir l'aisance de ces poêtes qui disent tout comme il le faut, et ignore que cette race de poête n'existe pas.

Elle danse devant le champ de tournesols peint au mur. La musique vient d'ailleurs, plus loin, et les berce de douceur.

 

Il se rassoit, maladroit, sur le sofa rouge de ses aïeux. Il adore la voir évoluer dans l'atelier poussiéreux.

Elle est le vase de fleur au milieu de la torpeur, la bonne augure en pleine nuit, le sommeil qui prend entièrement l'insomniaque:

elle est le miracle. 

 

Elle l'ignore et c'est mieux ainsi. Elle renverse un pot de peinture sur le tapis.

Elle est confuse, et elle s'excuse, les joues rougies.

Il adore ça, cette gêne de petite fille, les gestes lestes avec lesquels elle a mit à la renverse des kilos de pot d'ivresse.

Le tapis rouge est bleu, bleu maladresse, bleu confusion, bleu rêve.

Elle s'abaisse,

il s'abaisse,

elle sourit,

lui aussi.

Commentaires

C'est beau.
Merci pour ce moment de lecture.

Ecrit par : rémy | 19 mars 2008

Ecrire un commentaire